Les carnets de voyage de Guillaume Funck au Pakistan – 2e partie. Monténégro - Albanie - Grèce
10-04-2026
#Team
Hello tout le monde,
J'ai l'impression que ça fait 6 mois que j'ai rien écris alors qu'en fait ça fait qu'une dizaine de jours !
Après une journée plus tranquille à Dubrovnik, j'ai continué vers le sud en passant par le Monténégro, la magnifique baie de Kotor et la serpentine, ces lacets infinis qui surplombent le fjord version sudiste. Je suis parti tard ce jour-là donc je l'ai fini de nuit malheureusement mais j'ai trouver un super spot de bivouac surplombant la baie en suivant une sente en bord de route. Il y avait quand même un peu de vent alors j'ai fait gaffe à vraiment bien accrocher ma tente pour pas qu'elle s'envole en l'installant ! En repartant le lendemain je reprend la sente pour accéder à la route. Celle-ci est bordée de puits de 5-6m de profondeur. Je jette un œil dedans. Buuh ça donne pas envie d'y mettre les pieds !
J'enfourche mon vélo et termine la montée. Après 1 ou 2 km, je me rends compte que je n'ai pas mes lunettes. Je cherche partout. Non, elles sont pas sur moi. Je retourne au spot de bivouac. Toujours rien. Eh m**** !! Elles ont dû tomber dans le puit où je m'étais penché. De fait, elles sont bien là, tout en bas. J'hésite un instant puis remarque qu'il manque quelques briques du puit qui pourraient me permettre de descendre. Allez, j'ai vraiment besoin de ces lunettes. C'est pas très agréable de mettre ses mains sur les encoches pleine de mousse mais c'est de la désescalade facile. Quelques minutes plus tard, je suis de nouveau hors de ce trou poisseux. C'est bon on peut y aller maintenant !
Je continue ma route en direction du sud en passant le long du lac Skadar, à la frontière avec l'Albanie. J'y étais déjà passé il y a presque 10 ans en traversant les Balkans à vélo et c'est toujours aussi beau ! Cette fois-ci je suis les conseils de mes hôtes warmshower qui m'accueillent ce soir et je rentre illégalement en Albanie en suivant une petite route qui permet de longer le lac jusqu'à Shkodër. Il n'y a pas de poste frontière mais apparemment ils ont déjà accueillir plus de 300 cyclistes qui sont passés par là et qui n'ont pas eu de problème en quittant le pays alors je leur fais confiance. J'arrive chez ce couple d'américains qui ont passés leur retraite sur leur vélo pour finalement s'installer en Albanie. C'est la première fois que j'utilise warmshower, cette app qui permet de s'héberger entre cyclistes en vadrouille, mais j'ai plusieurs amis qui ont déjà séjourner dans cet endroit en particulier, qui est presque légendaire paraît-il. Quand j'arrive devant chez Chuck et Susan, je me fais accueillir par Nyam, un cycliste nomade mongol, qui m'ouvre la porte. Je débouche sur une pièce avec plein de vélo en dessous d'un escalier qui tournicote jusqu'à l'étage avec partout sur les murs les mains en peintures de toutes les personnes qui sont passées par là. On monte et on entre dans l'appartement. Je découvre les 2 énergumènes : Chuck, qui doit avoir la septentaine et qui a du mal à marcher, il a plein de boucle d'oreilles et n'a pas perdu une once de son humour et de son enthousiasme; et Susan qui s'assure que tout le monde se sente bien et connaisse les règles de la maison, la pragmatique de prime abord, à l'air un peu espiègle, et qui dévoile vite sa part de folie. Ce soir il y a comme invités, en plus de Nyam : Fred et Baaska, un italien et une mongole, qui vont de l'Italie à la Mongolie en tandem, et Garance qui est parti de Bordeaux il y a 5 mois pour un tour d'Europe à vélo. On passe une super soirée. Tout le monde raconte ses histoires, on partage nos trucs et astuces, nos mésaventures,... Ça fait du bien de faire de chouettes rencontres comme ça. Nos 2 hôtes ne tardent pas à aller se coucher et on continue à papoter avant de se trouver un endroit pour dormir. Il n'y a pas de dortoir ou de chambre d'ami, on se met un peu où on peut, par terre ou sur un fauteuil. Je tarde un peu à partir le matin pour profiter encore un peu de cette ambiance puis je finis par m'en aller vers midi, reboosté pour la suite !
Pour traverser l'Albanie, je suis la trace que Chuck m'a recommandé et qui est superbe, au milieu des alpes Albanaises. On a un peu tendance à oublier que cette région est tellement montagneuse ! Les gens ici sont beaucoup plus curieux que dans les pays précédents et je discute avec plusieurs personnes chaque jour, enfin, discuter c'est un grand mot mais en tout cas on échange comme on peut en baragouinant un peu d'anglais ou d'allemand (que je ne parle pas haha). Les enfants en particulier sont super intrigués et me lancent régulièrement des "hello where are you going ?", voire même se mettent au milieu de la route pour m'arrêter et papoter. Étonnamment (ou pas), ils et elles parlent mieux anglais que leurs aînés. Je leur fais essayer mon vélo, mes lunettes et leur passe la gopro. C'est l'attraction de la journée ! La météo était prévu assez moyenne ces jours-ci, heureusement je passe entre les gouttes, même s'il fait plus frais qu'avant. Je passe en Macédoine pour quelques dizaines de kilomètres avant de revenir en Albanie le long du beau lac d'Ohrid avec ses sommets fraichement saupoudrés de neige. J'arrive finalement en Grèce. Quelques kilomètres après la douane, j'ai envie de prendre mon café du matin que je prends habituellement après une bonne heure de vélo. Je vois qu'il est déjà 11h. C'est fou, je suis parti un peu avant 8h et j'ai roulé seulement 20km. Il y avait un peu de file à la frontière et je suis passé par des pistes forestières, mais quand même. Je traîne vraiment ce matin. Je prends mon café rapidos et me presse un peu.
C'est seulement quelques heures plus tard que je réalise qu'il y a un décalage d'une heure entre l'Albanie et la Grèce. Je viens de gagner une heure, yes ! Et en plus ce soir c'est le changement d'heure, donc en un jour le soleil va se coucher 2h plus tard à mes yeux ! J'en suis bien content parce que le soleil qui se lève à 5h30 et se couche à 18h, c'était pas très pratique. J'ai bien essayé de me décaler tout seul mais ça n'a pas été une franche réussite alors c'est plus facile quand tout le monde autour s'y met.
La Grèce c'est tout aussi beau que l'Albanie, avec un peu moins de déchet le long des routes. Et c'est très vallonné, avec toujours les montagnes enneigées en fond. Cela fait plus de 3 jours que j'ai quitté Chuck et Susan et ce soir-là il faut vraiment que je recharge ma batterie externe et tutti quanti. Alors à la tombée de la nuit, je m'arrête dans un village perdu et je me mets en quête d'une bonne âme qui pourra me charger tout ça durant la nuit, voire même m'offrir une douche ? Ah oui, la douche chaude ça serait vraiment trop bien. J'aborde une première personne qui n'est pas très réceptive à ma demande. J'ai eu une grosse journée, je suis claqué et humide. Je prends vite froid en arpentant le hameau qui semble bien vide. C'est vraiment pas les moments que je préfère. Je m'imagine au chaud à la maison avec les copaines. Qu'est-ce que je fous là ? Je balaie cette pensée de ma tête. J'essaie de faire confiance à ce que me réserve la vie. Je toque chez une vieille dame qui me renvoie vers le bar, elle me parle d'une histoire d'école... Pas facile à comprendre. J'entre dans le bar qui, comme partout dans le coin, est occupé presque uniquement par des hommes d'un certain âge. J'ai un peu l'impression d'être dans cette scène de film où la porte s'ouvre, les discussions cessent aussitôt et tout le monde dévisage le nouveau venu. Et en l'occurrence, là, c'est moi. Je commence à expliquer la situation en anglais, un gars un peu plus jeune le parle un peu. Je lui explique que je vais au Pakistan. Tout le monde se passe le mot en grec. "πηγαίνει στο Πακιστάν!?" Ça s'agite puis on me propose de m'asseoir, de prendre à boire et on me dit qu'ils vont aller chercher la clé de l'ancienne école pour que je dorme dedans. Je discute un peu avec le gars en question. Il connait même Grenoble pour son équipe de foot, ce qui me surprend parce que à ce que je sache elle est vraiment pas très bonne. "Pour les paris c'est bien, elle perd tout le temps !" Haha allez, bon à savoir. Quelqu'un revient avec une clé et ils m'emmènent voir l'école qui est maintenant devenu une salle communale. C'est tout ce qu'il me faut : un endroit au chaud avec une prise. Pas de douche chaude malheureusement mais un évier à l'eau froide. Ça suffira pour me faire une petite toilette et laver mes vêtements. Je passe encore un peu de temps dans le bar surchauffé à papoter mais comme il n'y a qu'un seul gars qui parle anglais, je file vite au lit.
Le lendemain, c'est visite des météores au programme, accompagné de pas mal de coups de pédale. C'est vrai que l'endroit est assez dingue avec ces monastères tout mignons posés sur ces monolithes. Je visite celui de Varlaam. Quelle vie ça devait être à l'époque quand il n'y avait pas encore ces ponts en pierre pour y accéder. Je m'imagine recréer des communautés de grimpeur/euses-parapentistes avec plein de pote dans un endroit pareil, ça serait fou !
Par contre, ces endroits touristiques c'est toujours un peu le choc des manières de voyager. Je ne me sens pas du tout à ma place au milieu de ces foules qui viennent des 4 coins du monde et sortent par dizaines de cars de tour opérateur pour que tout le monde aille prendre la même photo, au même endroit. "C'est bon, la Grèce j'ai fait". J'ai un peu l'impression que c'est exactement la même population qu'à Venise ou Dubrovnik. J'ai du mal à comprendre le concept. L'avantage c'est que tout le monde s'entasse aux mêmes spots et le reste du pays, à cette saison en tout cas, est désert.
Je continue mon bout de chemin dans la plaine au sud des Météores. Le soir suivant, j'arrive chez Yiannis, un autre warmshower au pied du Mont Parnasse qui me prête sa petite maisonnette de jardin fraichement retapée, super cosy. Cette fois-ci c'est une vrai douche bien chaude sous laquelle je reste longuement. La nuit précédente je dormais sous le préau d'un terrain de foot municipal. C'est les contraste comme ça que j'aime dans le voyage. Ça donne tellement de saveur aux choses simple de tous les jours.
Au réveil j'ai droit à une petite session de guitare de Yiannis et d'un ami à lui. Je resterais bien plus longtemps dans ce petit paradis mais c'est le dernier jour de beau temps avant plusieurs jours de mauvais et je préfère me reposer quand il pleut alors je file vers Athènes où je prends un jour de repos; le premier jour de repos complet depuis Venise, soit 17 jours de vélo, 1830km et 22 500m de dénivelé. Un repos bienvenu, je commençais à avoir les jambes rôties.
J'étais censé prendre le ferry pour Chios puis la Turquie le soir même (hier soir) mais il a été décalé à ce matin à cause de la mauvaise météo alors j'ai même droit à un 2e jour de repos sur le ferry d'où je vous écris, et mes petites jambes en sont ravies !
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