Les carnets de voyage de Guillaume Funck au Pakistan – 3eme Partie
16-04-2026
#Team
Hello tout le monde,
Mon deuxième ferry est arrivé vers 15h30 à Çesme, sur la côte Turque; 3 heures en retard. La météo était encore très moyenne, avec de violentes giboulées, et la traversée depuis Chios a été un peu mouvementée. Après quelques hésitations devant la pluie battante, je décide de me mettre en route à la première accalmie. Malgré les 2 jours et demi de repos, mes quadriceps me semblent encore complètement congestionnés. Le départ est un peu dur. Après une soixantaine de kilomètres, la nuit tombe et un gros gain me passe dessus. Je me mets à l'abri devant un magasin en attendant que ça passe. Je ne sais que faire. Prendre une 4e nuit d'hôtel d'affilée ? Même si je prends toujours le premier prix, cela commence à faire chero. Et puis j'en ai marre de l'hôtel... Je vais m'ennuyer. Je suis assez convaincu que pour vivre des belles aventures et faire des rencontres, il faut se mettre dans des situations de vulnérabilité. Allez je continue. Si je veux dormir dehors ce soir, ce n'est pas dans cette ville que je trouverai. Je trouve un certain plaisir dans la situation. Il fait noir, il pleut un peu mais je me sens bien au milieu de cette campagne. Je finirai bien par trouver quelque chose.
En passant dans un hameau, je vois un gars d'environ mon âge dans une sorte de tente/véranda avec un poêle. Je m'approche. Il me voit et je commence à lui expliquer dans un mélange d'anglais et de signes que je cherche un endroit abrité où dormir. Il me fait signe de rentrer. "Çay" me dit-il en se dirigeant vers la théière. Je commence à lui expliquer mon périple avec google translate. Il n'en revient pas et appelle ses cousins qui débarquent aussitôt. Ils sont tout affairés à ce que j'ai tout ce qu'il faut, c'est trop gentil. Il me font un petit repas alors qu'on continue à discuter par traductions interposées. J'avais entendu que les turcs étaient vraiment accueillants mais je ne m'attendais pas à l'expérimenter dès mes premières heures dans le pays. Ils ne peuvent pas trop me faire dormir là car c'est la maison de famille du coup il m'emmènent à la mosquée où je peux m'installer à l'abri sous le préau. C'est parfait.
Le soir suivant je retrouve Gaspard, un français qui m'a contacté sur insta et qui va au Kirghizistan. Il a dégoté un warmshower pour la nuit et après les douches froides de la journée, c'est bienvenu. On va dans la même direction et on décide de continuer la route ensemble. Même si je suis content de voyager solo, c'est quand-même sympa d'être à 2. On papote, on se marre bien et en plus on a le même rythme. Ça permet aussi de se reposer l'un sur l'autre, de partager la charge mentale des décisions, de l'itinéraire,... Le temps s'améliore les jours qui suivent et on avance bien. Les turcs sont vraiment super sympa et super curieux. À chaque arrêt, c'est la même histoire. On s'arrête prendre un çay ou un café. Quelqu'un nous aborde, on lui explique le voyage avec la traduction de notre téléphone. Puis là on dirait que tout le café se met à écouter la discussion et à réagir. Et ça papote, et ça papote.
On passe par Pamukkale où les prix sont de nouveau un peu haut à notre goût. On trouve une autre source d'eau chaude pas loin (Karahayit) qui, même si elle a moins de gueule, a le mérite d'être gratuite. On ose pas trop se mettre en slip au milieu des turcs mais on trempe longuement nos jambes. Quel plaisir après une belle journée de vélo. On dort sous des préaux, dans des maisons abandonnées.
Un jour, on découvre avec plaisir qu'il y a pas mal de vent et qu'il nous pousse. Génial ! On fait du 35 km/h sans beaucoup d'effort, quel plaisir ! On se laisse un peu griser par la vitesse par moment et on prend des relais à plus de 40 km/h. On finit quand même bien fatigué après 200 km et il commence à faire nuit. On cherche non sans mal un endroit où dormir. Le seul truc à peu près correct qu'on trouve est une petite maison au milieu des champs. Elle n'est pas abandonnée et ne semble pas habitée non plus. Elle est entourée d'un grillage avec un portaille fermé seulement par une ficelle nouée. On hésite un peu. J'aime pas entrer chez les gens à leur insu. Ça me stress. Gas est plutôt chaud et la flemme de trouver autre chose est grande. Bon, allons voir. On entre dans l'enclos. Une lumière s'allume et une alarme retentit. Merde. On se met sur la terrasse couverte et l'alarme cesse.
On est pas super à l'aise, aussi gardons nous nos lumières éteintes. On cuisine à la lueur de la lune presque pleine. Puis à un moment, des phares se détournent de la route au loin et se rapproche. Merde, merde, merde. La voiture se garre juste devant le portail. 5 personnes en sortent. On se dirigent vers eux. Bien décidé à leur faire comprendre rapidement que nous ne sommes pas des voleurs. Je leur sors le "Hello" le plus amical possible mais le premier contact est hostile. Ça gueule en turc. Un des gars a un couteau de cuisine. Une 2e voiture arrive. Il doit y avoir 6 hommes et une femme. On leur explique qu'on vient de France et qu'on va jusqu'au Pakistan à vélo, qu'on était crevé et qu'on a pris le premier endroit venu. "Turistler". Cela se détend. On leur demande où mettre notre tente. Ça discute, ça discute. Finalement ils nous disent qu'on peut rester là et ils nous amènent même un sac de nourriture qu'on tente de refuser, sans succès. La femme s'inquiète qu'on aie froid. On lui explique qu'on est bien équipés et on les remercie infiniment, puis ils nous laissent. Et on recommence à cuisiner. 5 minutes plus tard, l'homme et la femme qui ont l'air d'être les propriétaires reviennent pour nous ouvrir la maison et insistent pour qu'on dorme dedans. Je suis gêné de la situation mais tellement reconnaissant. Quelle histoire ! Décidément, rien ne peut entraver leur bienveillance. On est impressionnés.
Le lendemain, le vent est encore plus fort. Quelle chance ! En plus c'est pile à l'endroit de la Turquie qui est bien plat. On refait 200 km sans difficulté, excepté pour la pluie glaciale pendant la dernière heure et demi. Plusieurs voitures s'arrête pour nous dire de monter. On décline ces propositions alléchantes. Mais on craque un Airbnb le soir. L'avantage d'être à 2 c'est aussi que ça divise le prix de la chambre en 2. Un dernier jour de vélo et nous voilà à Göreme en Capadoce où l'on compte prendre une journée de repos. En chemin on rencontre Mohamed, un lybien qui habite à Amsterdam et qui va jusqu'en Australie. Il est super sympa et se joint à nous. Des maisons troglodytes bordent la route. C'est dingue, on se croirait dans un conte de fée. En plus on peut les explorer librement. On en trouve une un peu à l'écart de la ville où on s'installe pour la nuit. C'est assez dingue de se dire que des gens y ont vraiment habité depuis des millénaires. Pendant la soirée, on est rejoint par Maurice, un autre français qui va au Kirghizstan. Chacun de nous est parti seul mais maintenant on forme une petite bande pour cette journée de repos et c'est vraiment chouette !
À bientôt,
Guillaume
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